Groupe de Recherche et d’Action pour la Santé
Accueil > VadeGRASMecum > VadeGRASMecum : tous les articles en vrac > Le générique sans film : Pour un débat sur la place à accorder aux génériques (...)

Le générique sans film : Pour un débat sur la place à accorder aux génériques et une politique efficiente dans le domaine

samedi 11 février 2012, par Pierre Chevalier, médecin généraliste

LLG 14 juin 1997

Dans l’exemplaire du 18 mars dernier (1997) du très sérieux journal « Le Monde » (le poids des mots, le choc des paupières selon Pierre Desproges), Dominique Gallois nous situe le débat actuel, en France, à propos des médicaments génériques. La part de marché des génériques est, en France, de loin inférieure (2 %) à celle observée aux Pays-Bas (23 %), en Grande Bretagne (19 %) et en Allemagne (16 %), chiffres de 1993. Dans sa volonté de réduire les dépenses de santé, le gouvernement français prône une plus grande utilisation des génériques. Dans la « précipitation » estime la Revue Prescrire, qui insiste sur la responsabilité des médecins quant à la prescription de médicaments éprouvés, mieux connus et aussi moins chers mais, surtout, prescrits de manière adéquate : « quand aucun traitement médicamenteux n’est nécessaire, un générique est toujours trop cher ». Pourquoi prescrire du Dipyridamole ® sauf très rare indication ?
Une des explications données au moindre essor, en France, des génériques est le prix inférieur des spécialités (par rapport aux autres pays) ne permettant pas aux génériques, vendus à des tarifs inférieurs de 25 %, de dégager ensuite une rentabilité suffisante. La solution : fixer le prix des médicaments « innovants » à un niveau plus élevé, « permettant aux laboratoires d’amortir leurs efforts de recherche et de développement ». En contrepartie les laboratoires français ont accepté de dynamiser le secteur des génériques... Donc, d’accord pour les génériques moins chers si les spécialités sont vendues plus chères ! Qui est le dindon de la farce ?
En Belgique, l’industrie pharmaceutique rallie à son point de vue de nombreux médecins prescripteurs et des groupements représentatifs de ceux-ci, comme, par exemple, la Société Scientifique de Médecine Générale qui, par la voix de son président, proclame « pas de privilège pour les génériques » (Le Généraliste du 2 avril 1997). C’est escamoter bien rapidement un débat intéressant, une approche peu scientifique de notre rôle de prescripteur. Avons-nous réellement les mêmes intérêts que les laboratoires pharmaceutiques ?
Autre approche, le guide « Autre choix, meilleur prix » des mutualités socialistes qui a été « conçu afin de vous permettre de réaliser d’appréciables « économies en assurant une meilleure transparence des prix ». Nous acquiesçons entièrement à l’indispensabilité d’une meilleure transparence des prix, mais ce n’est pas ce guide ni la promotion des génériques qui fournissent des éléments dans ce sens. Quand l’industrie pharmaceutique multiplie les « me-too » dans les indications les plus prometteuses d’expansion, par exemple la prévention de l’ostéoporose ou le reflux gastro-œsophagien, elle rejoint étrangement des échelles de qualité de vie pour les patients qui estiment, par exemple, que des patients souffrant de reflux gastro-œsophagien ont une moins bonne qualité de vie que des angoreux. Qui a engendré l’autre, l’œuf ou la poule ? Poule aux œufs d’or en tout cas ! Pourquoi fixer le prix du énième antidépresseur inhibiteur de la recapture présynaptique de la sérotonine ou du énième inhibiteur de la pompe à protons, qui n’apportent rien de plus que l’original, au même niveau que celui de la substance originale ? Les « me-too » ne devraient-ils pas être 25 % moins chers que l’original ?
De la même manière, quand nos responsables politiques négocient le prix d’un médicament par rapport au volume prescrit et au remboursement conditionnel par l’INAMI, le seul bénéfice envisagé est économique, loin des préoccupations de santé publique, et en reconnaissant implicitement qu’ils ont accepté au départ un prix surfait (c’est la « pear review »).
Pressions pour prescrire des génériques, pressions pour ne pas en prescrire... Nous proposons un débat plus large sur ce thème, pour ne pas être « pigeon ». Alors, à vos plumes !
Pierre Chevalier, médecin généraliste.

Partager {#TITRE,#URL_ARTICLE,#INTRODUCTION}

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | © GRAS asbl 2012