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Edito : SantéVigiléTic

mardi 24 mai 2016, par Marc Bouniton

Le scandale VW à propos de la falsification des taux de NO puis de CO2 consacre aux yeux du public la faillite des systèmes d’autocontrôle et des chartes éthiques élaborés par une industrie basée sur le profit.
Que penser alors de la fiabilité de la pharmacovigilance européenne
qui demande à l’industrie pharmaceutique de rapporter les effets secondaires de ses propres médicaments ?

Dans ce contexte, le site transparence.be créé à l’initiative de Mdéon, asbl fruit d’un partenariat entre médecins et l’industrie pharmaceutique, peut-il être crédible et complet ? La Belgique était déjà reconnue terre vaccinale mais est-elle en passe de devenir le paradis des essais cliniques et le QG des médicaments sans prescription ? La Journée des essais cliniques (20/5/15) nous a rappelé que notre pays figure en tête du classement du nombre d’études cliniques par habitant, juste derrière les États-Unis : pas moins de 9%
des études cliniques européennes sont en effet réalisées en Belgique [1].

D’autre part, le géant pharmaceutique Perrigo, maison-mère d’Omega Pharma, va reprendre une série de marques de médicaments sans prescription de GSK. Selon Marc Coucke que la vente d’Oméga Pharma
a rendu milliardaire, "La Belgique est renforcée en tant que quartier général des médicaments sans prescription", a-t-il commenté via Twitter. C’est dire l’importance de ce marché et les sommes que le public distrait ainsi de son budget des soins de santé, sans bien connaître le manque de garantie d’efficacité de ces produits de parapharmacie dont la publicité reste mal contrôlée [2] ! Raison pour laquelle le GRAS a initié sa campagne « Stop aux médicaments camouflés ».

Créé en 2006 dans le cadre du premier plan Marshall afin de consolider les secteurs "biotech, santé et technologies médicales" en Wallonie, BioWin s’est développé au fil des années selon quatre axes stratégiques que sont l’innovation, la formation, l’internationalisation et la création de plate-formes technologiques. Fort de ses succès, notamment en termes d’innovations et d’emplois, le pôle santé wallon BioWin reste, quoi qu’il en dise, chouchouté par les pouvoirs publics. Mais il ne faut pas oublier que la recherche et le développement des médicaments et des dispositifs médicaux restent sous le bon vouloir capitalistique des firmes pharmaceutiques et échappent techniquement aux autorités publiques. En ce sens, la décision de Maggie De Block d’allouer des fonds publics pour susciter une recherche thérapeutique comparative constitue un pas dans la bonne direction. Même en l’absence de tout conflit d’intérêt, l’évaluation de l’efficacité et de la qualité des produits de santé soumis à
l’appréciation et approbation des autorités de réglementation pour la mise sur le marché reste toujours partielle. L’action All Trials et autres manœuvres dénoncées ici par le GRAS sont là pour nous le rappeler. Pourtant encourager les comportements de prescription rationnelle serait bénéfique à la fois pour la santé du patient et le budget.
Un nombre de médicaments couramment prescrits arrivent en fin de
leur protection par brevet, ce qui libère un espace budgétaire et donne
à la Ministre l’opportunité d’encourager les pratiques de soins fondées
sur des preuves. Cette politique dont la ministre se prévaut vient d’être illustrée par le récent colloque organisé en 12/2015 par et à l’INAMI.

Mais alors que les dossiers d’enregistrement et des extensions d’indications des anticorps monoclonaux explosent à l’EMA (European Medicine Agency), cette même agence a suspendu l’AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) de plusieurs produits disponibles sur le marché belge suite à des contrôles de qualité défectueux dans des sites de production en Inde. De plus en plus de molécules de base sont fabri-quées en Asie et cette délocalisation de la production rend l’Europe dépendante et fragile. La rupture de stock de tétracyclines en France en 2013-2014 a inquiété l’Ordre des Pharmaciens français.

Malgré ces aléas, malgré la tragique crise des migrants et les attentats de Paris, n’oublions pas que 2015 restera une année forte de trois moments décisifs pour la santé des peuples : le financement du dévelop-pement à Addis-Abeba, la mise en œuvre des 17 Objectifs de dévelop-pement durable (les ODD, qui prennent pour la période 2015-2030 le relais des Objectifs du millénaire ou OMD, adoptés en 2000) lors du des Nations unies à New York en septembre et la signature d’un accord universel pour contenir le réchauffement climatique, durant la COP21, à Paris, en décembre.

Depuis quelques mois, la LLG profite des possibilités du numérique. Si cette transformation nous a fait perdre pas mal de lecteurs, elle nous permet d’adopter une forme éditoriale plus dynamique basée sur des articles plus courts avec des hyperliens visant à faire connaître aux praticiens des soins de santé les multiples initiatives qui de par le monde éveillent à la lecture critique des messages publicitaires. Messages principalement en provenance de l’industrie pharmaceutique mais pas seulement comme le rappelle l’initiative « Cancer Rose » présentée dans ce numéro. Tout cela pour favoriser un meilleur usage du médicament et des thérapeutiques et permettre ainsi une meilleure allocation des ressources disponibles pour les soins de santé. Ces initiatives sont autant de signes d’encouragement à continuer notre action « colibri » à la Pierre Rabhi mais, pour cela, nous avons besoin de votre participation… Rejoignez-nous qui pour instruire une action, qui pour écrire un article ou pour organiser une soirée d’information avec des confrères… Assurer une vigilance éthique dans le champ de la santé, et plus spécialement de thérapeutique, dans et par les nouvelles technologies de l’information, voilà le défi que le GRAS doit relever avec vous dans les années qui viennent...

Cette dernière LLG rattrape aussi notre retard de publication dont vous voudrez bien nous excuser...le bénévolat ayant ses limites, et nous permet de vous servir tout frais les derniers échos du front de la publivigilance®.

Bonne année 2016 !

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Notes

[2ACTION N° 133 : STOP aux médicaments camouflés sous forme de dispositif médical ou de nutriment (12/2012) : interpellation du ministre fédéral belge de la santé – sensibilisation des acteurs en santé.

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