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Migrations du personnel de santé ou fuite de cerveaux ?

lundi 23 mai 2016, par Rédaction GRAS

A l’heure où plusieurs hôpitaux belges recrutent du personnel de santé en Tunisie, Roumanie, Grèce, Portugal et ailleurs...

Be-cause health
Be-cause health est une plate-forme informelle et pluraliste, ouverte à des membres institutionnels ou individuels, qui sont engagés pour le droit à la santé pour tous.

L’insuffisance ou la pénurie du personnel a été longtemps considérée comme l’un des points faibles des systèmes de santé dans les pays à faible revenu. Les ressources humaines sont un des principaux piliers des systèmes de santé. Il est impératif de renforcer celles-ci si l’on veut que les systèmes de santé contribuent efficacement à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) relatifs à la santé. Or, on déplore, à l’échelle mondiale, une pénurie estimée à plusieurs millions de travailleurs du secteur de la santé possédant les qualifications requises. De nombreux pays pauvres souffrent d’une pénurie grave.

Dans les pays pauvres, cette crise globale des ressources humaines pour la santé (RHS) se traduit également par une répartition inéquitable des personnels de santé existants en défaveur des régions rurales et difficiles, de même qu’au détriment des fonctions cliniques. La mauvaise qualité des formations et le manque d’adéquation entre les besoins et les compétences effectives des personnels de santé aggravent la situation.

La crise des RHS (Ressources Humaines en Santé) procède à la fois de causes externes, telles que l’insuffisance de la production mondiale de RHS qualifiées et l’exode du personnel sanitaire des pays pauvres vers les pays (plus) riches (brain drain externe), et de causes internes, comme la mauvaise gestion et le manque de motivation des personnels existants. Parfois, les agences de coopération (bilatérales et multilatérales) et les organisations non gouvernementales (ONG) contribuent, malheureusement et paradoxalement, à cette crise dans les pays pauvres, en détournant le personnel sanitaire, soit à travers le paiement de primes liées à la mise en œuvre de leurs propres interventions, soit en engageant du personnel à leur compte, vidant ainsi progressivement les services publics de leurs meilleurs éléments (brain drain interne).

Paradoxalement, certains pays connaissent plutôt une situation de pléthore de personnel de santé, mais d’une qualité tellement médiocre que la pénurie de personnel qualifié demeure entière. Certains pays sont également confrontés à d’autres problèmes tels que des déséquilibres entre les niveaux primaire, secondaire et tertiaire de la pyramide sanitaire ; la désertion du secteur public au profit du
secteur privé à but lucratif ; ou encore le manque d’exercice de leur
fonction de régulation.

Consciente de cette importante problématique, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a élaboré à la demande de ses membres un Code de Pratique pour le recrutement international des personnels de santé
(ci-après le CoP) qui a été approuvé lors de la 63e Assemblée Mondiale de la Santé en mai 2010. Il s’agit d’un Code volontaire et non contraignant qui ne restreint pas les migrations et reconnaît au contraire que les travailleurs ont le droit de migrer ; mais comme par ailleurs les populations de tous les pays ont droit à l’accès aux services de santé, il recommande de trouver un juste équilibre entre ces deux droits.

Pour toutes ces raisons, le groupe de travail sur les ressources
humaines (GT-HRH) de la plate-forme Be-Cause Health a pris l’initiative
d’élaborer une Charte qui a pour objectif de davantage harmoniser et
de rendre plus équitables et efficaces les pratiques des acteurs de la
coopération belge en matière de recrutement et d’appui au développement du personnel de santé issu des pays partenaires.
Ceci est considéré comme un élément essentiel des efforts en vue de
la couverture universelle en soins de santé de qualité. Il s’agit de « repenser le capital humain » notamment en n’excluant pas la possibilité de cofinancer des salaires et/ou primes de performance
pour le personnel sanitaire local.

Voir aussi LLG n°70 : FUITE DES CERVEAUX : LES EXODES SUD-SUD ET SUD-NORD DU PERSONNEL DE SANTE

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