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Du bon usage du médicament… chez les enfants aussi (et surtout)

mardi 8 mars 2016, par Rédaction GRAS

Plusieurs actions du GRAS ont dans le passé insisté sur la nécessité d’une politique du médicament qui intègre de manière significative la spécificité du bon usage du médicament en pédiatrie.

De nombreux écueils rendent cette démarche complexe dans le contexte actuel. En effet, les donnés scientifiques concernant l’efficacité et la sécurité des médicaments chez les enfants manquent cruellement. De plus, de nombreuses formulations destinées à un usage pédiatrique sont mal conçues, dangereuses du fait de leur conditionnement ou inexistantes obligeant les
praticiens et les pharmaciens à une certaine inventivité en recourant à des préparations magistrales.

Les causes en sont probablement multiples. L’expérimentation humaine de traitements médicamenteux dans les populations pédiatriques entraine des difficultés éthiques supplémentaires du fait de la difficulté d’obtenir un consentement éclairé valable chez des mineurs d’âge et de la valeur symbolique émotionnellement chargée attribuée par notre société au bien-être des enfants.

Des difficultés de standardisation des études cliniques sont également présen-tes, le métabolisme et les posologies médicamenteuses efficaces évoluant
constamment au cours de la croissance de l’enfant.

Par ailleurs, le marché pédiatrique est probablement moins porteur pour l’industrie pharmaceutique vu qu’il ne concerne au mieux qu’une quinzaine
d’années de vie et de traitement poten-tiel, que la plupart des maladies chroniques n’apparaissent pas avant l’âge adulte et que le principe de précaution entraine (ou devrait entrainer) une certaine frilosité du monde médical à dispenser des traitements médicamenteux importants aux enfants.
Il est sans doute illusoire d’espérer une évolution significative dans le bon sens émanant de l’industrie pharmaceutique à cet égard sans un engagement conséquent des autorités publiques afin de soutenir et contrôler la recherche et le développement de spécialités et de formulations à usage pédiatrique.
Mais une politique de santé qui prend en compte la sécurité des enfants doit aller plus loin. De nombreuses spécialités destinées aux adultes présentent le risque d’être consommées par des enfants soit volontairement (en banalisant leurs potentiels effets secondaires et en élargissant leur usage aux enfants) soit par accident ; en effet, de nombreuses formulations destinées aux adultes et toxiques voire létales en cas d’ingestion par les enfants n’intègrent pas de dispositif de précaution (bouchon de sécurité, …) voire sont présentées de manière attractive pour les enfants.

L’implication des autorités de contrôle de santé doit donc également intégrer la protection des enfants dans sa politique globale du médicament. Enfin, au delà des considérations scientifiques ou techniques, ce qui déterminera sans doute le plus significativement le bon usage du médicament pour nos enfants d’aujourd’hui, futurs adultes de demain ; c’est l’éducation que nous leur donnons concernant la place de la santé, de la médecine et des médicaments dans notre société.

Comment faire face aux petits et grands problèmes de santé que la vie leur amènera inévitablement ? Quand consulter un médecin ? Quand prendre un médicament ? Comment éviter la sous-médicalisation et la surmédicalisation de nos existences ? Quelle place accorder à l’appareil médico-technico-pharmaceutique dans notre vie ?

Dans de nombreuses situations pour lesquelles un certain emballement de la machine médicale pourrait survenir, de nombreuses actions peuvent être entreprises par les familles, les enseignants ou les soignants de manière moins toxique et sans doute plus appropriée. Bien souvent, en termes
de prévention, une intervention raisonnable pourra être mise en place par une action sur le milieu familial ou scolaire en mettant l’accent sur l’importance du tissu social, de l’hygiène alimentaire et sportive. Lors-qu’un accident ou une maladie survient, la réassurance et la mise en perspective du problème, de son évolution naturelle sans examen complémentaire ni traitement, de ses conséquences potentielles ainsi que de la façon raisonnable d’y répondre en soulignant l’expérience et l’autonomie qu’ils peuvent apporter à chacun permettront à nos enfants d’apprendre par la suite à y répondre par eux-mêmes.

Notre rôle de soignant est d’encourager les parents dans leur réflexion sur ces sujets afin qu’ils y apportent leurs propres réponses et qu’ils aident leurs enfants à construire progressivement les leurs.

Références

1 Voir actions du GRAS n°39, 41, 56, 77, 78, 98, 115, 117, 118 et 137 sur www.gras-asbl.be.
2 Conditionnement des médicaments pour les enfants : les améliorations
proposées par Prescrire, La revue Prescrire, juin 2012, n°344, pp. 454-461.
3 Working group report : Educational information, ISDB Newsletter, novembre 2014, volume 29, n°2, p. 7.
4 Demedicalisation within youth healthcare : the role of the youth healthcare doctor, Iyer V, Waldram-Nienhuis A, Boland N, Kamphuis M in Ned Tijdschr Ge-neeskd. 2014 ;158:A7062.
5 Homéodépendance ?, La revue Prescrire, courrier de Laurent Dominguez, novembre 2012, n°349, p. 869.
6 Prise de décision partagée : moins de prescriptions d’antibiotiques ?, Minerva 2013, vol 12, n°4, pp 47-48.
7 Effect of using an interactive booklet about childhood respiratory tract infections in primary care consultations on reconsulting and antibiotic prescribing : a cluster randomised controlled trial, BMJ 2009 ; 339:b2885.
8 Médicalisation de la société. Une question de limites ?, brochure disponible sur www.questionsante.be/outils/medicalisation_societe.pdf.

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