Groupe de Recherche et d’Action pour la Santé

Balle au centre

vendredi 28 novembre 2014, par Marc Bouniton

Le Mondial au Brésil est déjà loin mais une autre compétition continue à se dérouler entre une industrie de la santé qui cherche à vendre ses produits et les consommateurs (patients ?) qui veulent prendre leur santé en main. L’enjeu ? L’information quant à l’efficacité et la nocivité des produits promus. Face aux limites définies par la Commission Européenne et ses agences spécialisées (EFSA pour les nutri-ments, EMA pour les médicaments,…), l’arbitre (les pouvoirs publics nationaux) arrivera-t-il à siffler les hors-jeux que devraient lui signaler ses juges de touche (les mutuelles, unions de consommateurs et autres mouvements de veille citoyenne…) ? Quand les limites sont dépassées, les pouvoirs publics doivent réagir ! Et c’est le cas dans le match qui oppose le Lucentis® à l’Avastin®, dans les ruptures d’approvisionnement de certains médicaments qui se banalisent ou dans la non-publication de tous les essais cliniques concernant les traitements des maladies.

Encore faut-il que ces limites soient clairement définies : les consomacteurs et même les professionnels de la santé ignorent souvent la nature des produits qu’ils manipulent : médicament, nutriment, dispositif médical (cf. l‘article sur l’Excilor®). Chacun de ces statuts présente des garanties différentes en termes d’efficacité, de publicité et de sécurité comme le numéro spécial n°77 de juin 2013 de La Lettre du GRAS nous le rappelait avec sa campagne « Stop aux médicaments camouflés ».

Les allégations de santé des quelques nutriments ayant satisfait au contrôle de l’agence de Parme (EFSA) envahissent notre espace audiovisuel comme l’Arterin®, extrait de levure rouge de riz dont les risques sont rappelés par l’ANSM dans ce numéro. Son efficacité clinique reste controversée [1] par rapport aux statines utilisées à doses thérapeutiques. Son utilisation risque de détourner des ressources, d’éloigner des mesures préventives efficaces et expose au risque d’interactions.

Le prescripteur, lui, souhaite disposer de toutes les preuves disponibles (cf. l’action « All Trials ») pour pouvoir prendre avec son patient des décisions éclairées mais, si l’espoir d’un bénéfice est souvent mis en pleine lumière, les risques des traitements sont souvent occultés. On aimerait aussi y voir clair dans les liens d’intérêts des experts qui conseillent les décideurs et forment les professionnels de santé (cf. les échos de l’AG du GRAS consacrée à ce thème). L’idée d’un label de qualité relatif à l’indépendance et l’objectivité de la formation de ces professionnels permet d’ouvrir le débat…

Alors que d’anciens médicaments qui ont fait leurs preuves disparaissent ou sont manquants, on reste perplexe devant certaines molécules qui persistent sur le marché alors qu’elles sont dépassées voire dangereuses. On aimerait en tant que clinicien voir reconnues de nouvelles indications à certains traitements bon marché et efficaces (Avastin®)mais les pouvoirs publics traînent les pieds ! Surréaliste ? Non peut-être mais nous sommes en Belgique, qui occupe une position forte dans le domaine de la recherche pharmaceutique. D’après Pharma.be, sur base du nombre d’essais cliniques réalisés par habitant, notre pays occupe la 2e place mondiale, après les Etats-Unis et la 1ère place européenne.

Il est temps de réenchanter les enjeux citoyens relatifs au médicament : le GRAS vous y invite dans ce numéro de sa Lettre.

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Notes

[1Note d’une de nos relectrices : « Il y a quand même une étude qui montre une efficacité en prévention secondaire (ATCD IM) Gordon RY, Cooperman T, Obermeyer W, Becker DJ. Marked variability of monacolin levels in commercial red yeast rice products. Arch Int Med 2010 ;170:1722-7. »

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