Groupe de Recherche et d’Action pour la Santé
Accueil > La Lettre du GRAS > LLG n°76, mars 2013 > Editorial : Un peu de bon sens

Editorial : Un peu de bon sens

dimanche 19 mai 2013, par François Baivier (Date de rédaction antérieure : 15 mars 2013).

L’actualité en Belgique m’amène à vous livrer quelques réflexions concernant la délivrance de médicaments très utilisés par le grand public : les sirops antitussifs à base de codéine et la dompéridone, bien connue chez nous sous son nom commercial de Motilium®.

Le conseil des ministres belge a décidé ce jeudi 16 mars que les médicaments contre la toux contenant de la codéine, un dérivé de la morphine, ne pourront plus être délivrés que sur ordonnance d’un médecin, alors que jusqu’à présent nombre de ces médicaments se trouvent en vente libre chez le pharmacien. Cette décision est très certainement une bonne chose : les effets indésirables de la codéine qui apparaissent en cas d’usage intensif ou répété ne sont pas négligeables. Par ailleurs, les sirops antitussifs ont une place très discutable en médecine, le travail du médecin étant avant tout de rechercher la cause de la toux. Les dernières recommandations européennes pour le traitement des infections des voies respiratoires [1] ne laissent d’ailleurs aucune place aux traitements antitussifs. Ce qui m’interpelle dans cet exemple précis c’est le pourquoi de cette décision si tardive alors que par ailleurs les médicaments antidouleurs contenant de la codéine sont eux depuis longtemps soumis à prescription, ce qui est logique au vu des effets indésirables potentiels. Le bon sens n’aurait-il pas dû imposer une même règle depuis longtemps à tous les médicaments contenant de la codéine ?

Ma réflexion concernant la dompéridone va dans le même sens. Ce médicament a été inventé par la firme belge Janssen en 1976. Un milliard 500 millions de traitements auraient été vendus depuis selon un chiffre donné dans le journal belge « Le Soir » du 16 mars 2013. Ce médicament est actuellement et depuis très longtemps en vente libre en Belgique. Pourquoi ?? Cette substance est apparentée aux neuroleptiques, qui eux sont tout naturellement soumis à prescription. Il existe des formes pédiatriques. Les indications reprises sont le traitement symptomatique des nausées et vomissements, le hoquet persistant, la gastroparésie. Or le traitement des nausées-vomissements ne me semble justifié qu’après recherche des étiologies possibles. Les vomissements après excès alimentaires ou éthyliques ne requièrent pas de traitement particulier. Les nausées et vomissements de début de grossesse imposent une grande prudence et la dompéridone n’est pas recommandée. La prise de médicaments peut être la cause de nausées et vomissements mais là aussi une recherche étiologique s’impose au préalable. Le bon sens n’impose-t-il pas dans ce cas de ne délivrer ce médicament que sous prescription puisque, dans la grande majorité des cas, les symptômes qu’il est censé atténuer nécessite une recherche étiologique ou des précautions particulières ? La vente libre en pharmacie est très souvent perçue par le public comme un gage de non-dangerosité du produit, ce qui n’est manifestement pas le cas ici non plus. Bon sens où es-tu ?

Ce numéro de La Lettre du GRAS fait la part belle à deux chapitres. Le premier concerne les médicaments « camouflés » sous des appellations diverses que sont les dispositifs médicaux, alicaments, médicaments et nutriments. Les auteurs de ces articles tenteront de vous aider à y voir plus clair sur ce qui se cache là-dessous, sans oublier non plus que certains produits retirés du marché vont se retrouver ici et là vendus dans des compléments alimentaires. Le deuxième chapitre concerne les déclarations de conflits d’intérêts des experts et il y a du nouveau dans ce domaine en Belgique, ce que nous vous ferons découvrir dans ce numéro et aussi dans le suivant puisque notre dernière assemblée générale a été récemment consacrée à ce sujet et nous vous en ferons un plus large rapport en juin. Vous découvrirez aussi comment ne pas prescrire certains médicaments pour mieux soigner (Revue Prescrire), quelques informations sur des pots de vin versés, une suggestion de lecture en psychiatrie (« tous fous ? »), et nos rubriques habituelles reprenant nos actions de Publivigilance®.

Partager {#TITRE,#URL_ARTICLE,#INTRODUCTION}

Notes

[1Guidelines for the management of adult lower respiratory tract infections, M. Woodhead and al. Clin Microbiol Infect 2011 ; 17(Suppl. 6) : E1–E59.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | © GRAS asbl 2012