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Déguisements et masques : le carnaval du médicament

jeudi 5 avril 2012, par Francesco

Alors que l’AFMPS (Agence Fédérale belge des Médicaments et Produits de Santé) vient de mener une campagne sur le thème « Un médicament n’est pas un bonbon », le marché pharmaceutique belge s’enrichit (?) d’un AINS à sucer (Strepfen®), de ranitidine 75 mg contre les aigreurs d’estomac, disponibles sans ordonnance, et de nombreux médicaments déguisés sous les statuts de complément alimentaire ou de dispositif médical : surréalisme bien belge ! Le Tazectan® a ainsi fait l’objet d’une plainte de la part du GRAS (Action N°131) auprès de l’instance chargée de la matériovigilance de l’AFMPS. Ce cas pose la question de la multiplication des statuts des produits touchant à la santé, phénomène qui crée des zones grises, des zones d’incertitude où les produits sont déplacés à la guise des producteurs pour
échapper aux contraintes et contrôles qui gêneraient leur essor et rend le statut des produits illisibles pour le professionnel et l’usager, moins bien protégé. Par rapport au statut de médicament en délivrance libre, le dispositif médical est soumis à moins de contrôle de prix, de qualité et du message publicitaire (qui ne doit pas être conforme à une notice scientifique enregistrée). Au-delà de son caractère frauduleux, la dramatique affaire des prothèses mammaires PIP impose une évaluation correcte des dispositifs médicaux avant et après leur mise sur le marché. Autorisation de mise sur le marché européenne, renforcement de la matériovigilance, traçabilité du dispositif médical, contrôle de la publicité le concernant, autant de mesures à prendre pour protéger le patient… Le renforcement de l’évaluation correcte des dispositifs médicaux concerne aussi pas mal de médicaments camouflés. Le Collectif Europe Médicaments demande à la Commission européenne une réforme en profondeur de la réglementation des dispositifs médicaux. Plusieurs articles de cette Lettre du GRAS nouvelle version font écho à cette problématique.

La transparence n’est pas la qualité princeps du monde du médicament : au-delà du camouflage des médicaments, il y a aussi la non-publication des conflits d’intérêts des experts, la confusion savamment entretenue entre promotion et information pharmaceutique et le masquage des acteurs derrière des associations de malades qui revendiquent le remboursement d’un nouveau médicament ou proposent à leurs membres des produits dérivés
(cfr. Action n° 111 Sweetbee°). Le prescripteur, le dispensateur (qu’il soit pharmacien ou parfois infirmier dans une maison de repos ou au domicile d’une personne en perte d’autonomie) et le consommateur ne s’y retrouvent pas toujours. Entre un spot promotionnel renvoyant vers un site internet consacré aux troubles de l’érection et un message d’éducation à la santé de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la différence est parfois mince, même si le promoteur est devenu identifiable maintenant. Pas toujours facile pour les médecins de faire la
part des choses entre les pages d’ « information médicale » encadrée de pubs et les articles scientifiques. Aussi la prochaine A.G. du GRAS se penchera sur la labellisation des séances de formation continue destinées aux médecins. Comment renforcer l’indépendance de
l’expertise en santé publique ? Cette LLG fait échos à plusieurs colloques récents sur la prévention des conflits d’intérêt. Un projet de loi a été déposé récemment au parlement belge sur ce thème.

Au niveau international, notre numéro spécial aborde le thème « de l’aide à la solidarité » à partir d’un patchwork de contributions tirées des réseaux E –med et d’autres réseaux d’internautes de Solidarité Santé Nord-Sud. Nous tenterons de répondre à la question « les 2 Bill sont-ils les nouveaux champions désintéressés de l’humanitaire ? ». Plusieurs ONG dénoncent les dangers du traité sur la contrefaçon ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement) et ses possibles conséquences en matière d’accès aux médicaments dans les pays en développement. Cet accord a en effet été négocié dans la plus grande opacité par l’Europe avec les principaux pays industrialisés et quelques pays en développement comme caution, court-circuitant toutes les institutions compétentes existantes (Organisation mondiale du commerce, de la propriété intellectuelle, de la santé, des douanes, etc.). Il s’agit par tous les moyens de renforcer le monopole des détenteurs de brevet et de briser la concurrence des génériques en confondant . les dangereuses contrefaçons de piètre qualité et les médicaments
génériques de qualité, très utiles aux PVD (Pays en Voie de Développement) mais fabriqués hors brevet suivant les exceptions prévues dans les accords de Doha sur les TRIPS (Trade Related aspects of Intellectual Property Rights [1]. Dans la même logique, des accords de libre-échanges sont conclus entre l’Union européenne et certains pays du Sud pour court-circuiter les lenteurs des négociations conduites sous les auspices de l’OMC. Ainsi les négociations commerciales entre l’Union européenne et l’Inde requièrent toute la vigilance du parlement européen. Le recours auprès de la Cour suprême indienne introduit par Novartis au sujet du rejet de sa demande de brevet pour son anticancéreux Glyvec® pourrait affecter la capacité de l’Inde à produire des médicaments génériques. En 1999, Novartis, aux côtés d’autres firmes pharmaceutiques, avait déjà poursuivi le gouvernement Sud-Africain sur la base d’amendements en faveur de la santé, inscrits dans sa loi sur les brevets. C’est en Afrique du Sud justement que se tiendra en avril prochain, sous la houlette des Etats-Unis, de la France, et du Japon, un prochain Sommet de la propriété intellectuelle sponsorisée par des entreprises pharmaceutiques. Plusieurs ONG s’inquiètent de la tournure possible des événements quand on sait le protectionnisme dont font preuve ces pays pour soutenir leur industrie pharmaceutique.

Ah oui, j’oubliais, faut-il envisager un traitement médicamenteux précoce de la maladie d’Alzheimer ? Rien n’est moins sûr à l’heure actuelle comme nous le rappelle un confrère généraliste qui nous propose d’entrer dans un autre type de démarche de type
accompagnement des malades et de leurs proches.

Bonne lecture et faites-nous savoir ce que vous pensez de cette nouvelle forme de La Lettre du GRAS. Faites-là connaître autour de vous !

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Notes

[1Pour vous y retrouver dans les enjeux des brevets, voir le site du GRAS, rubrique « Solidarité Nord-Sud »

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